10/02/2009 (11:03 )
De l’illusion du “commerce équitable”.
A l’occasion de la semaine qui en fait la promotion, je me suis dit qu’il serait bon de rappeler : Dix objections majeures au “commerce équitable”…
1 - Le commerce ” équitable” est inéquitable.
En effet, pour qu’un échange soit réellement équitable, les conditions de protection sociale et de rémunération des individus qui produisent devraient être identiques à celles des personnes qui consomment. Ex : Au prix actuel, il faut trois cents ans à un Manuel, producteur local en Colombie, pour gagner 15 000 euros (environ la rémunération moyenne annuelle d’un salarié en Europe occidentale). Manuel reçoit, au nom du commerce équitable, d’après les chiffres fournis par Max Havelaar, 3 fois plus que ce que lui donne le marché, il ne lui faudra donc plus, au prix du marché équitable que… cent ans !
2 - Le commerce équitable favorise la concurrence déloyale
Ex.: Marie fabrique des chapeaux sur le plateau du Condroz. Elle les vend sur le marché à Namur. Sur ce même marché, Jacques propose des chapeaux estampillés “commerce équitable” moitié moins cher que ceux de Marie. L’association qui importe les chapeaux vendus par Jacques ne paye pas, comme tous les commerçants, le transport à son coût réel: le kérosène des avions et le gasoil des bateaux ne sont pas taxé. Ils ont pourtant un impact CO2 conséquent. Cette association de commerce équitable profite aussi, dans une moindre mesure que le commerce classique certes, des faibles rémunérations et de l’absence de protection sociale des pays producteurs et jouent sur la force de l’euro. Enfin, Jacques n’est pas payé : salarié d’une entreprise, il occupe son temps libre en faisant du bénévolat pour cette association. Résultat : Jacques met en faillite l’activité de Marie, avec d’autant plus de force qu’il le fait avec la meilleure conscience possible, sûr de contribuer à un monde meilleur.
3 - Le commerce équitable ne tient pas compte des coûts écologiques
Ex. : Patricia achète une “banane équitable“. Elle la paye 1 euro. Patricia pense ne manger qu’un fruit tropical alors qu’elle consomme aussi du kérosène, énergie nécessaire pour acheminer le fruit du Costa Rica jusqu’à chez elle mais aussi pour faire tourner les frigos pour empêcher le mûrissement normal du fruit. Ce kérosène n’étant pas taxé, le coût de l’impact écologique du transport n’est pas pris en compte dans son achat. Et la peau de la banane ? Celle-ci est perdue pour le sol du Costa Rica qu’elle aurait du enrichir en compostant !Enfin, que le fruit soit dit « équitable » ne donne aucune garantie que sans culture se soit faite sans pesticide ni engrais chimique, encore moins que, lors de leur usage éventuel, toutes les mesures de protection sanitaire pour protéger les travailleurs aient prises.
4 - Le commerce équitable favorise l’appauvrissement de la biodiversité
Ex.: Patricia est en train de finir de manger sa banane “commerce équitable“. Elle a aussi acheté un pamplemousse, une orange, et… une pomme. La diversité de sa corbeille de fruits étant à l’échelle du globe, Patricia néglige alors la biodiversité locale. Alors que sa région comptait cinquante espèces de pomme voici vingt ans, il n’en demeure plus que cinq aujourd’hui.
5 - Le commerce équitable accompagne la “déculturation” de la production
Cette logique de l’appauvrissement de la biodiversité s’applique également à la production agricole, y compris « équitable », puisque l’on y privilégie les produits et les monocultures correspondant aux demandes du marché occidentale, au détriment des produits réellement locaux : le cacao de côte d’ivoire (plante américaine), les bananes d’équateur (plante africaine), etc. Elle s’applique aussi aux cultures - Ex. : Quand Michel va en Inde, il est heureux de trouver une culture différente de la sienne, enraciné dans son milieu. L’habillement fait partie intégrante de cette diversité des cultures et cette diversité culturelle fait la richesse de
6 - Le commerce équitable nous éloigne de l’essentiel : re-localiser l’économie
Ex. : Loba est paysan en Côte d’Ivoire. Il cultivait son champ pour se nourrir et alimenter son village (culture vivrière) puis, son gouvernement l’a obligé à produire des fèves de cacao pour les exporter en France (culture de rapport). Loba est alors devenu dépendant du cours mondial du cacao, alors que, grâce aux bénéfices réalisés en vendant les fèves, la Côte d’Ivoire a pu acheter des avions de chasse à
7 - Max Havelaar cautionne la grande distribution et la malbouffe !
Ex. : Monsieur et Madame Grandval avaient un peu mauvaise conscience en se rendant en voiture au Delhaize tous les samedis. Ils savaient que, d’une part, cela ne favorise pas leur coopérative, les paysans au marché ou encore les commerces de proximité, et que, d’autre part, ils faisaient tourner la grande distribution avec toutes ses conséquences : déshumanisation, impact écologique (automobile obligatoire pour y aller, transport routier, flux tendus, agriculture intensive), mal économie, etc. Ils savaient aussi très bien que ce type de distribution dans les pays riches est la cause de bien des maux dans les pays du Sud. Désormais, grâce au paquet de café Max Havelaar qu’ils déposent à la fin de leurs courses dans leur charriot plein à ras bord, ils ont maintenant en plus bonne conscience. Delhaize s’est en effet servi de cet argument en y axant une large partie de sa communication. Avec cinq produits labellisés “commerce équitable”, on peut accéder aux 120 000 produits non labellisés d’un grand magasin en toute bonne conscience ! En Suisse, depuis mars 2003, le thé, le chocolat chaud et sept cafés Max Havelaar sont vendus dans les MacDonald’s. “Pour Max Havelaar, cette opération répond à sa vocation d’élargissement du marché pour les produits du commerce équitable pour que toujours plus de producteurs du Sud aient accès au commerce équitable. . . Si on peut concéder que MacDo puisse bénéficier d’une meilleure image à travers ce projet, Max Havelaar ne labellise par pour autant
8 - Le commerce équitable cautionne la mondialisation
Notamment en maintenant la dépendance aux aléas du marché mondiale des matières premières, les produits sélectionnés correspondant à la demande formatée et limitée des marchés occidentaux. Tout cela au détriment de l’autosuffisance alimentaire, de la biodiversité en termes de préservation des produits locaux originaux, etc. Cela casse autant les combats d’ici que de là-bas.Ex. : Renée est une vielle militante écologiste. Elle se bat depuis cinquante ans pour les cultures vivrières et contre les cultures de rapport. Elle ferraille contre l’uniformisation du monde, contre la volonté de l’Occident d’étendre son anticulture marchande au reste de la planète, contre le ” commerce ” des pays riches. Pour elle, le commerce équitable est une véritable catastrophe. En effet, comment combattre encore la mondialisation si on lui pose des pastilles vertes, des “labels éthiques“, si on cautionne ce système si fondamentalement destructeur qui détruit la nature et opprime une multitude d’humains sur la planète ? Comment alors amener une critique constructive qui remette en cause les problèmes à leurs racines et non une fausse contestation qui n’a pour conséquence que de renforcer ce système ?
9 - Le commerce équitable est une forme du néocolonialisme
Ex. : Patrick arrive à
10 - Le commerce équitable participe à l’idéologie de la soumission
Ex. : Thierry milite dans une association de commerce équitable depuis dix-sept ans (son salaire représente10 fois celui de Loba en Côte d’Ivoire). Il connaît bien les objections au commerce équitable des militants écologistes radicaux, comme Renée. Mais Thierry travaille et ne veut pas remettre en cause toutes ses longues années de labeur acharné. Au lieu de prendre en compte des remarques de ses contradicteurs, il choisit de les insulter : “Vous voulez que chacun reste chez soi ! ?“, etc. Thierry ne cesse de parler de “réalisme“, de “stratégie” et de “pédagogie“. Thierry finit par être le meilleur allié de la soumission au “réalisme économique“. Sans forcément s’en rendre compte, Thierry a fait passer dans son échelle des valeurs les lois de l’économie avant le principe moral et le système se nourrit d’abord de toutes les fausses contestations qui légitiment le primat de l’économie. C’est le retour à la case départ. ( à partir d’un article du magazine Silence) ____________
Les coulisses du commerce équitable, Mensonges et vérités sur un petit business qui monte de Christian Jacquiau
Titre: Les coulisses du commerce équitable, Mensonges et vérités sur un petit business qui monte
Auteur:Christian Jacquiau
Editeur : Mille et une nuits
ISBN : 2.84205.959.X
476 pages - Parution : 05/2006 Présentation par l’éditeur
Les ravages de la mondialisation conduisent les citoyens à rechercher des moyens de peser sur l’évolution de
Qu’en est-il de la promesse que les uns et les autres se font ? Les organisations relais et entreprises qui font de l’équitable tiennent-elles leurs engagements ? Qui est vraiment gagnant ? Répondre à ces questions, c’est éclairer d’un jour cru un aspect que certains « commerçants de la bonne conscience » aimeraient tenir secret. Initié par le militantisme citoyen, largement instrumentalisé par les bureaux de marketing, le commerce équitable a été récupéré par les marchands d’illusion. En se donnant à la grande distribution et à quelques transnationales en quête d’honorabilité, les adeptes de la marchandisation de l’équitable ont ouvert la boîte de Pandore. Christian Jacquiau a mené l’enquête pendant deux ans. Il nous invite dans l’arrière-boutique d’un secteur méconnu et nous dévoile les dérives et abus commis au nom de l’équitable.
Christian Jacquiau est économiste, commissaire aux comptes, diplômé d’expertise comptable, spécialisé dans le conseil, l’accompagnement à la création et à la trans-mission d’entreprises. Il est l’auteur d’une enquête remarquée, Les Coulisses de la grande distribution (Albin Michel, 2000).
2 commentaires pour “De l’illusion du “commerce équitable”.”
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Le commerce équitable (en réalité “commerce de l’équité”) n’est qu’un outil marketing de plus à la solde de grands groupes désireux de se bâtir une image “sociale” à bon compte.
Voyez plutôt la liste des “concessionnaires” de Max Havelaar : Leclerc, MacDo, Starbucks, Accor et même DAGRIS, le promoteur des OGM en Afrique !
Rien que des champions de l’équitable !!!
Mais l’argent de l’équité n’a pas d’odeur.
Merci de contribuer au décodage de cette énorme arnaque.
Un grand bravo pour votre site, très agréable, très lisible et très bien documenté.
Continuez à nous informer et à nous aider à décoder ce monde d’apparence.
Aurel
[…] Ce texte était initiatlement publié par le site : http:// ecolo.asso.fr/textes/20020312equi.htm. Il est encore actuellement accessible sur la page suivante : http://pasteque.agora.eu.org/archives/141) […]