03/06/2008 (9:34 )
Le court XXème siècle ou le compromis social-démocrate en Europe. (partie I)
Le court XXème siècle ou le compromis social-démocrate en Europe.
Si la social-démocratie avait déjà commencé à marquer des points sur le plan de la représentation électorale dans différentes pays d’Europe avant 1914, et réussit à faire de ces points d’appui des tribunes voir des points de force pour obtenir des avancées socio-économiques pour la majorité des travailleurs, prendre un pas en arrière pour regarder cela avec une perspective plus large, englobant l’ensemble du court XXème siècle, permet de saisir comment ce mouvement fut porteur de changements progressistes et pourquoi il ne l’est plus.
De l’unité à la division
Avant ‘14, la seconde internationale[1] est représentée en Europe par diverses organisations socialistes et sociale-démocrates qui, à travers des partis nationaux, encadrent la classe ouvrière dans sa grande majorité non seulement sur le plan de la représentation politique mais aussi par des organisations, que l’on appellerait aujourd’hui « citoyennes », agissant directement sur la vie quotidienne (organisations syndicales, mutuelles, coopératives, associations culturelles, etc.). Seuls les courants anarchistes et radicaux socialistes, le plus souvent extrêmement minoritaires (même s’ils comptent quelques « places-fortes ») ne participent pas ou se sont déjà séparés de ce cadre unitaire. Des courants déjà très réformistes cohabitent dans cette internationale avec les animateurs d’autres courants qui seront à l’origine des futurs partis communistes…
Au cours de plusieurs congrès, en particulier grâce à Jean Jaurès[2] et à Rosa Luxemburg, cette internationale a pris comme position de principe[3], qu’en cas de guerre en Europe, les différents partis nationaux s’y opposeront en décrétant la grève générale… cet « outil » a déjà été utilisé à plusieurs reprises avec plus ou moins de succès, notamment sur les questions de suffrage universel ou d’établissement de premières législations sociales.
Cependant, de nombreux élus de ces partis sont particulièrement frustrés de ne pouvoir participer directement aux pouvoirs par l’exercice du gouvernement, soit du fait des divisions entre les courants et du refus de toute coalition, soit d’un système électoral censitaire ou plural, soit encore, parce qu’en ce début de XXème siècle, de nombreux pays d’Europe ne sont toujours pas régit par un système politique de démocratie bourgeoise (Empire austro-hongrois, autres monarchies et régimes autocratiques, etc.)
Trahison fondatrice : L’Union sacrée et les socialistes[4]
Le déclenchement des hostilités de la première guerre mondiale ne pourra se faire que grâce au soutien des parlementaires socialistes des différents partis européens qui, trahissant le mot d’ordre de « grève générale contre la guerre » qu’ils avaient votés dans les instances de l’internationale[5], échangèrent des portefeuilles ministériels dans le cadre de gouvernement d’union nationale mis en place à la faveur de la guerre. Pour de nombreuses formations politiques sociale-démocrates[6], l’accession au pouvoir se fera donc au prix du massacre de millions de travailleurs et paysans dans une guerre plus meurtrière que toutes celles qui l’avaient précédées. Ces accessions se négocièrent souvent en terme non seulement de portefeuilles mais aussi de concessions politiques à mettre en œuvre une fois les hostilités terminées (ce que chaque camp pensait, erronément, être rapide).
Cependant, dans chaque pays, il se trouvera des socialistes réfractaires[7], continuant à se sentir liés contre la guerre et préférant défendre l’idée que « les travailleurs n’ont pas de patrie autre que la classe ouvrière du monde entier », qui refusèrent cette logique et continuèrent à entretenir des rapports entre eux pour préparer l’après-guerre. Certains participèrent notamment à des échanges en Suisse, dont un est resté célèbre sous le nom de « Conférence de Zimmerwald[8] ». Cette conférence sera un des éléments fondateurs des futurs partis communistes.
L’après-guerre, réformes et révolutions…
En 1917, l’exacerbation, due à la guerre, des tentions sociales dans la Russie autocratique du Tsar Nicolas II débouchement sur une succession de mouvements sociaux prenant de plus en plus un caractère révolutionnaire… Octobre-décembre ‘17 verra la prise du pouvoir par les Bolchéviques, courant radical et majoritaire du parti ouvrier social-démocrate de Russie (POSDR)[9].
Par ailleurs, depuis 1916, les révoltes de soldats se sont multipliées aussi bien du côté français que du côté allemand, elles prendront de plus en plus un caractère politique et social, notamment suite à l’arrivée progressive de nouvelles provenant de Russie. Côté allemand, la défaite de ‘18 les verra se transformer en prémisses révolutionnaires dont les différents soubresauts agiteront l’Allemagne jusqu’au début des années ‘20 et donneront naissance à la Ligue Spartakiste[10], elle-même ancêtre du KPD[11]. Ce début de révolution allemand verra également la naissance de corps francs (ou corps noirs) combattant contre les groupes révolutionnaires - troupes paramilitaires financées par la droite et l’ultra-droite du patronat allemand, qui serviront de base pour les futures chemises brunes de Ernst Röhm. et autres groupes de choc du parti nazi.
A la sortie de la guerre, la gauche, bien que divisée, sort renforcée du conflit. Cela permettra aux sociaux-démocrates de négocier dans plusieurs pays des avancées démocratiques ou sociales (e.a. suffrage universel [Be, All, GB et It], création des conventions collectives [fr], loi fixant la durée du travail à 8 heures par jour et à 48 heures par semaine [Fr], Création d’un ministère de la Santé.[GB]), même dans les cas où ils sortent très affaiblit suite à leur position « pro guerre » car ils tiennent en main de nombreuses organisations tournant autour du mouvement ouvrier. Mais aussi, parce que dans leur négociation ils prennent appui sur les événements de Russie et peuvent mettre en lumière les « avantages » que la bourgeoise et le patronat ont de traité avec eux, sinon ils pourraient bien se retrouver avec une révolution sur les bras. Les troubles sociaux, les révoltes voire les communes ouvrières qui naissent un peu partout en Europe viennent appuyer cette crainte[12]. Dans une partie de l’Europe, le patronat et la bourgeoisie choisiront cette voie et firent quelques compromis que la social-démocratie pût mettre en avant aux yeux de ces militants
La bourgeoisie européenne entre deux choix : compromis social-démocrate ou régime autoritaire ?
Suivant les situations et le rythme historique dans chaque pays, les bourgeoises nationales balanceront entre ces deux options :
- En Allemagne, l’alliance de la social-démocratie avec la droite conservatrice permettra l’assassinat des leaders radicaux (Luxemburg et Liebnecht)[13] et la naissance de la précaire république de Weimar[14]. Cette alliance permettra l’exclusion de la représentation parlementaire de la gauche radicale. Cette courte période verra une Allemagne écrasée par les réparations de guerre, point d’appui pour la reconstruction d’une droite nationale et la naissance du parti nazi. Ses forces reconstituées et la menace révolutionnaire écartée, la bourgeoisie allemande pourra faire le choix de balayer également la social-démocratie en offrant le pouvoir à Hitler.
- En France, une tentative timide aura lieu en 1934[15], mais cette première expression particulièrement visible de l’extrême droite française, alors que les Nazis au pourvoir depuis un an donnent déjà la mesure de leurs attaques contre le mouvement ouvrier et le régime de démocratie parlementaire (suppressions de institution de Weimar, abolition du Reichrat, organisation nationale du travail…), sonnera le glas des va-et-vient de la troisième république et ouvrira le porte à un trop court « front populaire » réunissant à nouveau sociaux-démocrates et radicaux. Mais cette mobilisation fasciste, inspirée par l’Italie et l’Allemagne, prépare aussi la constitution des forces qui soutiendrons le régime de Vichy.
- Au Portugal : La monarchie est abolie par la révolution du 5 octobre 1910, mais la Ière République n’arrive pas à faire face aux problèmes du pays qui participe à la Première Guerre mondiale en France et en Afrique et souffre de graves problèmes économiques et financiers. C’est dans ce contexte qu’arrive au pouvoir Salazar[16], installé au gouvernement par les militaires qui ont fait la révolution du 28 mai 1926. Salazar établit dictature militaire qui durera jusqu’en 1933. Une nouvelle constitution instituera l’Estado Novo, régime autoritaire traditionaliste, ayant des affinités avec le fascisme… Ce régime durera jusqu’en 1974.
- La Seconde République espagnole chassa la monarchie des Bourbons en 1931. Mais, après la victoire du Front populaire espagnol[17] en 1936, l’extrême-droite (carlistes et phalangistes) se souleva. L’Espagne fut alors soumise, après une tragique guerre civile qui dura de 1936 à 1939, à la dictature du général Franco. La république est écrasée avec le soutien massif de l’Allemagne nazi et alors que de l’autre côté, seuls les volontaires des brigades internationales[18] viendront au secours de la république. Celui-ci, originellement monarchiste, décida de conserver le pouvoir, et de ne faire rétablir la monarchie qu’après sa mort. Il impose alors une dictature empirique sur les principes du national-catholicisme. Les « démocraties » ne tardent guère d’ailleurs à reconnaître le nouveau régime et la France envoie le maréchal Pétain comme premier ambassadeur dès le défilé de la victoire à Madrid… Après son décès, en 1975, la royauté fut effectivement restaurée. Mais Juan Carlos Ier, le nouveau roi, rétablit rapidement la démocratie, et le pays intégra en 1986 l’Union européenne[19].
- Dans l’entre-deux-guerres, la Belgique comme le reste de l’Europe était atteinte par une crise économique majeure. En 1934, 40% des inscrits à une caisse de chômage se retrouvèrent sans emploi. Henri De Man (POB) lança son fameux Plan du Travail. Une grève générale en 1936 obtint des avantages comparables à ceux obtenus en France (liberté syndicale, congés payés, salaire minimum, augmentation des allocations familiales, et semaine de 40 heures dans certains secteurs). De Man évolua petit à petit vers des conceptions autoritaires, il finira par rejoindre le camp de l’occupant nazi. Les nationalistes flamands du VNV, dont le parti englobait des éléments autoritaires ou fascisants ne fit que gagner aux élections jusqu’à la guerre. Le cumul de mandats chez un grand nombre de parlementaires alimenta la propagande populiste ou poujadiste de Léon Degrelle qui obtint un important succès électoral à Bruxelles (18,50 % des voix), un peu moindre en Wallonie (15,16). En 1941, Léopold III, favorable aux idées fascisantes, rompt avec le Gouvernement Pierlot (en exile à Londres).
- De 1919 à 1922, l‘Italie[20] est secouée par une grave crise sociale, économique et politique. Mussolini l’exploite en brisant les grèves et les syndicats par la violence : il se fait ainsi connaître et bien voir par les milieux d’affaires et le patronat (Confindustria et Confagricoltura). Il utilise pour cela des squadre (escouades), sortes de milices, issues en grande partie des rangs des arditi (venant des troupes d’élite démobilisées en 1918) nationalistes, dont l’uniforme est la chemise noire - qui deviendra un des symboles du fascisme. Après la marche sur Rome en octobre 1922, le roi d’Italie, Victor-Emmanuel III, lui confie le gouvernement. Mussolini installe progressivement l’appareil fasciste sur le pays. Son alliance militaire avec l’Allemagne nazie provoquera l’entrée de l’Italie dans la guerre aux côtés des forces de l’Axe.
- Le roi de Grèce, Constantin Ier, pro-allemand est entre en conflit avec son Premier Ministre Eleftherios Venizelos, pro-Entente lors de la Première Guerre mondiale. Il en résulta d’abord la création d’un second gouvernement installé à Thessalonique par Eleftherios Venizelos. Ensuite, il fut procédé à un changement de souverain : Constantin fut remplacé par son deuxième fils Alexandre en 1917. À la mort de ce dernier, Constantin remonta sur le trône en 1920. Il en fut chassé en 1922 par un coup d’État. Son fils aîné Georges lui succéda. Il régna un peu plus d’un an avant de prendre un congé à durée indéterminée. Tous ces changements politiques étaient en fait plus ou moins liés à la Première Guerre mondiale qui commença plus tôt et finit plus tard pour la Grèce. En effet, les guerres balkaniques commencèrent dès 1912. La Première Guerre mondiale se poursuivit jusqu’en 1923. En 1924, la Première République grecque fut proclamée. De 1936 à 1941, la Grèce a connu un régime autoritaire dirigé par le général Ioannis Metaxas, comparable à ceux de l’Espagne de Franco ou du Portugal de Salazar[21]. Metaxas imposa à l’origine son régime pour lutter contre la situation d’instabilité sociale qui prévalait dans la Grèce des années 1930, la démocratie parlementaire ayant dégénéré en querelles de factions politiques.
La perte de crédibilité du Parlement s’accompagnait de plusieurs tentatives de coup-d’état; en mars 1935, un putsch renforce la majorité royaliste. De retour d’exil, le roi Georges II rétablit la monarchie mais incapable de dégager une majorité politique claire permettant au gouvernement de fonctionner. En mai de la même année, l’agitation qui se propagea dans les milieux agricoles (tabaculteurs) et industriels au Nord conduisit le chef du gouvernement, le général Metaxas, à suspendre le parlement à la veille d’une importante grève, le 4 août 1936. Soutenu par le roi, Metaxas déclara l’état d’urgence, décréta la loi martiale, abrogea divers articles de la constitution et établit un cabinet de crise afin de mettre un terme aux émeutes et de restaurer l’ordre social. Au cours de l’un de ses premiers discours, il annonça: “j’ai décidé de prendre tout le pouvoir nécessaire pour sauver de la Grèce des catastrophes qui la menacent.” Le régime prit fin après l’invasion allemande en 1941.
La « Bataille de Grèce » (2ème guerre mondiale[22] ) terminée, commença la guerre civile grecque commença en 1942 et s’acheva en 1949. Elle est le premier exemple d’une insurrection communiste après la guerre,, prenant appui sur les forces constituée dans la résistance à l’occupant nazi, réprimée par des éléments conservateurs ou royalistes. La guerre civile se termine en 1949. Les gouvernements élus qui se succédèrent furent dominés par le parti conservateur en attendant la prise de pouvoir par la junte militaire[23]. La dictature des colonels est le nom donné au pouvoir politique en place en Grèce de 1967 à 1973. Pour conserver et consolider leur pouvoir, les colonels cherchèrent à éliminer toute forme d’opposition et de contestation. Dès le coup d’État, des personnalités politiques, principalement de gauche, mais aussi des libéraux et des simples défenseurs des droits de l’homme, furent persécutés. Nombre de militaires et de fonctionnaires furent révoqués afin de permettre aux colonels de disposer d’instruments de gouvernement du pays idéologiquement conformes aux principes du régime. Les opposants politiques étaient mis en résidence surveillée, emprisonnés, déportés sur des îles désertes de l’Égée mais aussi parfois torturés.
- En Hongrie, en mars 1919, les communistes renversent le gouvernement, et en avril, Bela Kun proclame la République des Conseils (cf. Conseil ouvrier) qui tente en vain de reconquérir les frontières de 1918. Ce gouvernement ne dura pas longtemps ; aux ordres de la mission française Berthelot, l’armée roumaine entre en Hongrie et occupe Budapest, les forces communistes sont vaincues et le régime soviétique est renversé le 6 août 1919. Les Alliés remettent le pouvoir aux forces menées par l’(ex-) amiral Miklós Horthy[24] qui restaure la monarchie(1919-1949)[25]. En janvier 1920, des élections sont tenues pour élire une assemblée unicamérale. L’amiral Horthy est élu régent. En juin le Traité de Trianon officialise les frontières de la nouvelle Hongrie. La Hongrie est réduite d’environ deux-tiers et la Hongrie réclame une révision des frontières. Revendication majeure de la Hongrie des années 1920 et 1930, la question des frontières poussera Horthy à rechercher l’alliance avec l’Allemagne nazi. En 1938, sous l’influence de l’Allemagne nazie, les premières lois antisémites sont promulguées. Miklós Horthy règne avec des pouvoirs autoritaires pendant la plus grande partie de la période d’entre les deux guerres mondiales et installe un régime nationaliste et irrédentiste dans une Hongrie repliée sur le souvenir du grand royaume d’avant-guerre.
Horthy s’allie avec l’Allemagne nazie dans les années 1930, dans l’espoir de revenir sur les pertes territoriales qui ont suivi la Première Guerre Mondiale. À la suite de la chute de l’Allemagne nazie, la Hongrie fit partie de la zone d’influence soviétique et devint un État communiste après une courte période de démocratie en 1946-1947. La république dite “populaire” (1949-1989)
Le 20 août 1949, le parti communiste abolit officiellement la monarchie hongroise, en fait la régence, en proclamant la république dite “populaire” de Hongrie (1949-1989).
- Depuis la Guerre des Boers, les sympathies des Néerlandais vont davantage du coté des Allemands que vers les Britanniques. C’est aux Pays-Bas que l’empereur Guillaume II a trouvé asile après 1918, et il y réside encore en 1940. Par la suite, l’économie néerlandaise a souffert des conséquences financières des réparations que l’Allemagne était contrainte de payer. Entre les deux guerres, les Pays-Bas sont atteints comme le reste du monde, par la Grande dépression après le Krach de 1929. Cette situation contribue à une montée du Nazisme. Anton Mussert fonde un parti nazi néerlandais, le Nationaal-Socialistische Beweging (Mouvement national socialiste ou NSB ) qui obtient 8% des voix aux élections et qui sera le seul parti autorisé pendant l’occupation…
- Autriche : Les partis politiques de la République ont été fondés sous la monarchie. Ils sont trois à jouer un rôle de premier plan après la Première Guerre mondiale et l’effondrement de la monarchie : Les députés se réunissent en Assemblée nationale et élisent un gouvernement, dirigé par Karl Renner (SDAP). L’Assemblée doit aussi rédiger une constitution pour la République, mais comme elle est issue de la monarchie, de nouvelles élections doivent être organisées. Elles le sont au printemps 1919, les femmes prennent part au vote. S’en suit un renversement des forces politiques : le SDAP devient le premier parti, suivi du CS et du DV. Cela aura des conséquences sur la forme de la Constitution. Karl Renner (SDAP) devient chancelier, Fink (CS) vice-chancelier et Schumpeter (sans parti) ministre des finances. Malgré le vote à la proportionnel, les trois partis obtiennent presque la totalité des voix. Même si les communistes ont joué un rôle dans les grèves de 1918, ils sont fortement concurrencés par le SDAP, très orienté à gauche. Ce résultat montre aussi que les Autrichiens sont attachés à la démocratie, car ils ne votent pas pour des partis qui pourraient la menacer. Les relations entre SDAP et CS sont tendus malgré la coalition. Un débat entre les partis sur la forme de la Constitution a lieu après l’élection de la coalition. Ce débat est tendu, et mènera à la fin de la coalition. La Constitution entre en vigueur en novembre 1920. Elle est un compromis entre les volontés des différents partis. Le CS souhaitait une république fédérale avec un chef d’État puissant, le SDAP une république centralisée sans chef d’État (seulement le chancelier). La république adoptée est fédérale mais ses régions n’ont que peu d’autonomie, le chef d’État a des compétences limitées.
Lors des élections d’avril 1927, le CS n’a plus qu’un siège de plus que le SDAP à l’assemblée. La vie politique se radicalise encore. Le SDAP (Sozialistische Demokratische Arbeiter Partei, parti social démocrate des travailleurs) avait inscrit dans son programme de 1926 (Programme de Linz) la dictature du prolétariat, qui fut interprété par le CS comme un défi. La crise économique mondiale n’épargne pas l’Autriche. Le mécontentement croît et le gouvernement est tenu pour responsable. Ainsi, aux élections de 1930, le SDAP devient le premier parti. De plus, une nouvelle force politique fait son entrée : les Heimwehren (pour le « Führerprinzip » et un État corporatiste) se sont en effet constitués en parti. Ils sont plus nationalistes et tiennent moins aux principes démocratiques que le CS et prennent des voix à ce dernier. À droite, le parti nazi, et à gauche, le SDAP, deviennent de plus en plus forts.
Le CS décide d’empêcher les prochaines élections. Le régime présidial d’Hindenburg en Allemagne montre qu’il est possible de gouverner un pays sans parlement. Le 4 mars 1933, le parlement s’auto-dissout. Plusieurs mesures annoncent un changement idéologique, le passage d’un État démocratique à un État autoritaire : le republikanische Schutzbund est dissout et les Heimwehren s’organisent en milices.
Le SDAP réagit en créant un mouvement à l’intérieur du parti, les socialistes révolutionnaires. Ils prônent la résistance armée en cas de dissolution des partis, d’interdiction des syndicats, d’attaques contre Vienne la Rouge (dirigée par le SDAP) et de constitution fasciste. Des attentats sont perpétrés en Autriche par les nazis, et le parti est interdit en juin 1933. Hitler menace d’annexion, et l’Autriche cherche du soutient chez ses voisins hongrois et italiens. En août 1933, Mussolini exige une fascisation plus importante de l’Autriche en échange de soutient. Le gouvernement autrichien crée alors un parti unique fasciste : le Front Patriotique. En février 1938, Hitler et Schuschnigg se rencontrent et Hitler exige que Arthur Seyß-Inquart (nazi) soit nommé ministre de l’intérieur et que l’Autriche unifie son système économique avec celui d’Allemagne. Lors du référendum du 10 avril 1938 sur l’Anschluss, 99,73% de la population se prononce pour, selon les résultats officiels. On parle alors de « réunification ». [26]
Ces différents soubresauts de l’Histoire européenne sont sous-tendus par les tensions « gauche-droite » et les orientations qui seront choisies au cas par cas par les puissances de l’argent. Entre concessions à la social-démocratie, quand celle-ci n’est pas « trop exigeante » (Fr, Bel, etc.) ou quand le rapport est défavorable à la bourgeoisie (Weimar, Fronts populaires, Autriche, etc.), et régimes autoritaires de type fascisant (Portugal, Italie, Espagne, Grèce…) lorsque le rapport de force est en sa faveur ou que la bourgeoisie et/ou l’aristocratie refusent toute concession.
« la peur du rouge »
L’axe autour duquel tourne ce choix, c’est « la peur du rouge », à savoir si les puissances économiques appréhendent-elles la social-démocratie comme un « moindre mal », empêchant la reproduction des événements de Russie (la confiscation et la collectivisation de l’ensemble de l’appareil productif et financier « au bénéfice du peuple ») ou comme « le loup dans la bergerie », « le vers dans la pomme », la porte ouverte vers la révolution (voir la social-démocratie autrichienne).
Cela ne sera pas le seul élément dans le choix des bourgeoisies nationales. Dans l’Europe de la première moitié du XXème siècle, il reste encore beaucoup d’états qui sont semi-féodaux (monarchie à fort pouvoir du monarque) et/ou multinationaux. Les concurrences inter-bourgeoises formeront un terreau vivace pour les revendications nationalistes sous-tendues par des questions de rapport de force économique et politique. Les nécessités expansives des capitalismes nationaux se trouvent à l’étroit dans l’espace extrême dense des nations européennes et les grands états impériaux se sont déjà partagés les espaces coloniaux, ne laissant que des « miettes » aux états dont l’unité nationale s’est faite « sur le tard » (
Allemagne, Italie). Cette situation contient en germe les deux conflits mondiaux.
De la révolution à la contre-révolution.
La stalinisation du régime soviétique et la « mise au pas » de la troisième internationale[27] sur la théorie du « socialisme dans un seul pays »[28] (remise en cause fondamental du point de vue léniniste sur l’internationalisme prolétarien) faciliteront ces choix. Presque jamais sorti de Russie, ignorant les langues étrangères, souvent peu au fait des réalités de pays extérieurs qu’il ne connaît pas, Staline se montre méprisant envers le Komintern (”la boutique”). Il ne croît pas à une révolution mondiale qui n’en finit pas de se faire attendre, redoute les phénomènes insurrectionnels qu’il ne maîtriserait pas lui-même et qui attirerait des complications diplomatiques à l’URSS. À ses yeux, l’extension de la révolution passera par les conquêtes de l’Armée rouge - ce qui se produit en 1939-1941 lors du Pacte germano-soviétique, puis en Europe de l’Est après la victoire de 1945. En attendant, l’Internationale doit surtout servir les intérêts nationaux de l’URSS, assimilés hâtivement à ceux du prolétariat mondial.
(à suivre)
[1] Deuxième Internationale. http://fr.wikipedia.org/wiki/Deuxième_Internationale[2] Jean Jaurès, Conflit élargi : http://www.marxists.org/francais/general/jaures/works/1912/10/jaures_19121010.htm et Discours de Vaise : http://www.marxists.org/francais/general/jaures/works/1914/07/jaures_19140725.htm[3] Manifeste des partis socialistes allemand et français : http://www.marxists.org/francais/inter_soc/sfio/sfio_19130301.htm
[4] L’Union sacrée et les socialistes http://fr.wikipedia.org/wiki/L’Union_sacrée_et_les_socialistes
[5] Le naufrage de la IIème internationale : http://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1914/10/lt19141031a.htm#naufrage
[6] Rosa Luxemburg, La crise de la social-démocratie : http://www.marxists.org/francais/luxembur/junius/rljif.html et Lénine, L’opportunisme et la faillite de la II° Internationale : http://www.marxists.org/francais/lenin/works/1916/01/vil_19160100a.htm
[7] Déclaration de Karl Liebknecht au Reichstag contre le vote des crédits de guerre : http://www.marxists.org/francais/liebknec/1914/dec/02a.htm et Kh. Rakovsky, Les socialistes et la guerre : http://www.marxists.org/francais/rakovsky/works/soc_guerre/index.htm
[8] La conférence de Zimmerwald, 5-8 sept. 1915 : http://www.marxists.org/francais/inter_com/1915/index.htm
[9] Révolution russe : http://fr.wikipedia.org/wiki/Révolution_russe , V.I. Lénine - Les bolchéviks doivent prendre en mains le pouvoir : http://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/09/vil19170925.htm et Léon Trotsky, Histoire de la révolution russe : http://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/hrrusse/hrrsomm.htm
[10] Que Veut la Ligue Spartakiste ? R. Luxemburg, Programme du Parti Communiste Allemand : http://www.marxists.org/francais/luxembur/spartakus/programme.htm et Révolution allemande : http://fr.wikipedia.org/wiki/Révolution_allemande
[11] Parti communiste d’Allemagne http://fr.wikipedia.org/wiki/KPD
[12] Crise sociale au Royaume-Uni : 146 millions de journées de travail perdues pour cause de grèves entre 1919 et 1921 ; Allemagne : 1918-1919 Début de la Révolution allemande, grève générale à Berlin, République des Conseils à Munich, Tentative de révolution communiste en Bavière ; France : 1918-1919 La CGT, jusqu’alors hostile, inscrit dans son plan la revendication immédiate d’une « nationalisation industrialisée » des chemins de fer, Paris est quadrillée par la troupe lors de la grève du 1er mai, Grèves dans la métallurgie, Manifestation de 100 000 personnes pour dénoncer la crise du logement. Italie : 1919 Printemps : Série de grèves sauvages, Forlì, Milan et Florence, où se constitue une république des Soviet,
[13] Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht sont arrêtés, puis assassinés par les corps francs, sur ordre de Gustav Noske (SPD). http://fr.wikipedia.org/wiki/Révolution_allemande
[14]République de Weimar http://fr.wikipedia.org/wiki/République_de_Weimar
[15] manifestations antiparlementaires organisées par les ligues d’extrême droite à Paris, se soldant par 16 morts. http://fr.wikipedia.org/wiki/6_février_1934 & http://fr.wikipedia.org/wiki/Ligue_d’extrême_droite
[16] Antonio de Oliveira Salazar http://fr.wikipedia.org/wiki/António_de_Oliveira_Salazar & Histoire du Portugal http://fr.wikipedia.org/wiki/Portugal
[17] http://fr.wikipedia.org/wiki/Front_populaire_espagnol
[18] http://fr.wikipedia.org/wiki/Brigades_internationales
[19] http://fr.wikipedia.org/wiki/Espagne
[20] http://fr.wikipedia.org/wiki/Italie
[21] Régime du 4 août http://fr.wikipedia.org/wiki/Régime_du_4_août
[22] Bataille de Grèce http://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_de_Grèce
[23]Dictature des colonels http://fr.wikipedia.org/wiki/Dictature_des_colonels
[24] http://fr.wikipedia.org/wiki/Miklós_Horthy
[25] http://fr.wikipedia.org/wiki/Hongrie
[26] Histoire de l’Autriche http://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_de_l’Autriche
[27] Elle était théoriquement sans rapports avec l’État soviétique, bien qu’elle fut de plus en plus mise par Staline au service des intérêts de ce dernier. http://fr.wikipedia.org/wiki/IIIe_Internationale
[28] Stalinisation http://fr.wikipedia.org/wiki/Socialisme_dans_un_seul_pays
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