08/04/2008 (2:20 )
crise “belge” ou “crise” belge ? : Prise de position.
par Didier Brissa, Cristina Gay, Léon Gosselain, Pierre Merveilleux et Jean-François Pontégnie, membres du secrétariat fédéral d’UAG.
Après plus d’un an de valses hésitations, d’indécisions et d’abandons de ses responsabilités envers la population, la classe politique belge a de nouveau préféré la « crise communautaire » plutôt que de s’occuper des véritables crises : du logement, du chômage, du coût de la vie, des changements climatiques, de la mondialisation, de la situation des sans-papiers, etc.
« C’est pas moi, c’est l’autre ».
Nos politiciens ont toujours un bouc émissaire sous la main pour masquer leur incompétence : les Wallons gréviculteurs, les chômeurs, l’Europe, les « allochtones »…
Voir au-delà des apparences et des masques
Le chantage communautaire autour de BHV a servi à masquer le fait que la majorité des revendications dites « flamandes » ne sont en fait que des revendications pour aller plus vite et plus loin en matière de « réformes » néolibérales en Flandre. Non pas au profit « des Flamands », mais au profit des patrons flamands et des actionnaires internationaux ayant des intérêts économiques en Flandre. En effet, la bonne santé socio-économique et sa très large majorité politique ancrée à droite devraient lui permettre à très court terme de devenir une sorte de miracle économique continental à la mode irlandaise : dumping fiscal et social, bas salaires et dérégulation du marché du travail, flexibilité et contrat précaire, aides à l’installation des investisseurs, etc.
Nous ne devons cependant pas non plus nous faire d’illusions sur les intentions de politiques économique ou sociale des partis parlementaires francophones actuels. Ainsi, le programme du MR représente un plus grand danger pour nos services publics que celui du CD&V…
Aujourd’hui, rien ou presque n’est une menace pour la langue et la culture flamande, en tout cas certainement pas les francophones de Belgique. La mondialisation économique ayant comme pointe avancée le monde anglo-saxon, l’anglais, le coca-cola, les délocalisations extra-européennes ou la crise des subprimes sont porteurs de bien plus de menaces pour la Flandre que toute autre chose. Or la politique menée par la classe politique belge en général et flamande en particulier, en travaillant à abolir toute forme de régulation du marché, leur ouvre en fait grand les portes… De tout temps, la culture dominante a été celle des classes dominantes.
En ce sens, vers plus de néolibéralisme, « oui » la Wallonie est un frein pour la Flandre à la fois parce qu’elle n’en a pas encore fini de sortir de sa crise post- industrielle, mais aussi et surtout parce qu’elle conserve un mouvement social et syndical défendant encore fortement les conquêtes sociales et politiques obtenues par les luttes du siècle dernier.
Cela fait paradoxalement des travailleurs wallons les meilleurs défenseurs des intérêts des travailleurs flamands…
La classe politique flamande a donc sous la main le bouc émissaire idéal pour détourner les travailleurs (et électeurs) flamands des véritables causes des difficultés qu’ils connaissent. Elle fait croire aux travailleurs que c’est à cause de la nature fédérale de notre Etat, et donc de la situation socio-économique de la Wallonie, qu’ils voient croître ou se maintenir la pénibilité de leur travail, la fiscalité (qui finalement pèse plus par les diverses formes de subsidiations des entreprises que par les dits « transferts Nord-Sud »), les distorsions socio-économique liées à l’expansion de l’Union européenne à l’Est, à ses traités toujours plus néolibéraux ou à la globalisation économique… On se dit que cette classe politique se trouverait bien dépourvue en cas de scission du pays…
La question dite communautaire ne sert donc qu’à diviser les travailleurs et les allocataires entre eux, afin de faciliter leur propre exploitation au sein d’un système qui transforme tout en marchandise, y compris les êtres humains.
Aujourd’hui, la véritable priorité ne consiste pas à chercher un moyen de garder le pays uni sous une forme ou sous une autre mais à voir de quelle façon préserver notre modèle social. Comment pouvons-nous continuer à faire bénéficier le plus grand nombre d’un modèle de répartition des richesses à travers un système de services publics, d’une sécurité sociale et d’impôts progressifs sur le revenu garants d’une redistribution au bénéfice de toute la population des richesses produites ? Comment pouvons-nous améliorer ce système plutôt que le détricoter, notamment à travers la fiscalité sur le capital ?
Les mouvements et partis politiques de la Gauche de gauche ont le devoir de lancer un appel à nos concitoyens pour qu’ils prennent conscience que les choix politiques communautaristes nuisent à leur intérêts réels. Et qu’ils portent au contraire leur voix vers les mouvements et les partis qui choisissent de défendre les intérêts des citoyens indépendamment de leurs origines, de la langue qu’ils parlent, de la région qu’ils habitent…
Nous, militants d’Une Autre Gauche, nous engageons à proposer des politiques qui se préoccupent d’améliorer leurs revenus ou leurs allocations, de réduire le temps et la pénibilité de leurs activités professionnelles tout en garantissant leurs salaires, de consolider de façon solidaire leurs droits aux soins de santé et à une pension à un âge auquel on peut encore en profiter, de garantir leur accès aux énergies dans une perspective durable face aux changements climatiques, de travailler à changer de modèle de construction européenne pour aller vers une Europe au service des populations qui y vivent, de veiller à ce que le « nouvel ordre mondial » soit un ordre de paix et de convivialité entre les peuples plutôt qu’un monde de guerre et de violence…
Un commentaire pour “crise “belge” ou “crise” belge ? : Prise de position.”
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Je ne trouve pas le terme “incompétence” approprié pour décrire la situation. Il convient, me semble-t-il, à une critique de type quelque peu poujadiste, qui consiste à dire que les hommes/femmes politiques sont tous des profiteurs, idiots, corrompus et que d’ailleurs - comme disait ma mère quand je travaillais mal à l’école (donc souvent) : “pour être ministre ils ne faut pas de diplôme, tu pourrais au moins toujours faire ça…”.
Il me semble que ce qui est en cause ce n’est pas l’incompétence des individus mais, dans des proportions à déterminer au cas pas cas, des choix délibérés correspondant à des options politiques de droite et une paralysie mutuelle découlant dans un système où tous ont une certaine capacité de nuisance vis-à-vis de leurs concurrents (je ne parle plus d’adversaires, tant les choix idéologiques sont devenus proches) qui leur permet de se neutraliser mutuellement mais plus de s’entendre pour mener une action concertée.
Par ailleurs, s’il est exact que la Wallonie est un frein pour la Flandre au sens où vous le définissez, la relative force du mouvement social et syndical wallon n’en fournit pas une explication complète. La crainte du personnel politique francophone face à son propre devenir, à la fois dans l’hypothèse d’une Belgique confédérale et dans celle de l’éclatement - à mon avis inéluctable quoique difficile à situer dans le temps - de la Belgique joue aussi un rôle non négligeable.